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A propos de la propriété de Mlle Dosne

« A propos de la propriété de Mademoiselle Dosne : La pointe de cet îlot est marquée, près de l’avenue du Bois de Boulogne, au rond point Bugeaud, par la porte d’entrée de la Fondation Thiers. Il est limité à droite par la rue des Belles-Feuilles et la rue de la Pompe,à gauche par la rue Dosne et l’avenue Bugeaud. L’hôtel est là, derrière un long mur, où la porte d’entrée – en fer plein, met une tache noire.

Or, ce terrain invisible (dont unepartie est occupée par les constructions et le jardinet de la Fondation Thiers), est simplement le plus colossal des jardins privés de Paris. Il couvre au total une superficie de 21 330 mètres carrés, dont 2 020 mètres seulement sont occupés par des constructions.

Mademoiselle Dosne possédait donc, à l’intérieur de Paris, un jardin de près de 2 hectares !

Ces terrains appartiennent à la famille Dosne depuis 1820. A cette époque, Passy était un désert ; or, il y eut à Paris trois familles où l’on eut l’intuition de ce que deviendrait un jour ce désert-là : les familles Dosne, Laffitte et Picot en achetèrent une partie, tout ce qu’elles purent ; et ce fut l’origine de leur fortune. Des terrains, achetés à cette époque un Franc le mètre, en valent aujourd’hui de 300 à 400. Les héritiers de Mademoiselle Dosne trouveront dans la succession quelques-uns de ces terrains encore, qui ne sont pas vendus.

Mais aucun n’égale en importance selui-ci. Un simple chiffre suffit à nous renseigner sur la valeur approximative de la propriété où vient de mourir Mademoiselle Dosne.

On se souvient qu’il y a cinq ans une loi autorisa le Conseil municipal de Paris à frapper le sterrains non bâtis – c’est à dire les jardins privés – d’une taxe de 50 centimes par 100 Francs, calculée sur la valeur vénale du terrain. Autrement dit, un terrain évalué 1000 francs payait 500 francs de taxe ; un terrain de 100 000 francs payait 500 francs, etc… On vint évaluer la propriété de Mademoiselle Dosne, et on l’informa qu’elle aurait à payer désormais, pour son jardin, 13 000 francs par an au Trésor ! … Cette innovation fiscale souleva de reste de telles clameurs qu’il y fallut renoncer. Réduite de 50 à 10 centimes, la taxe est aujourd’hui remplacée par un impôt plus rationnel et moins lourd, qui frappe la valeur d’ensemble des propriétés.

Ce chiffre nous fournit une indication intéressante : les 13 000 francs de taxe infligés à Mademoiselle Dosne, il y a cinq ans, signifient que celle-ci payait plus de deux millions et demi le plaisir d’avoir un hectare de pelouses devant sa maison et de cultiver ses légumes. Deux millions et demi de terrain sans emploi, c’est 100 000 francs de rente perdus : cela met à un joli prix le pied de salade ! » Emile Berr, in L’illustration, le 27 janvier 1906.


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